Radio-Luxembourg

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262 pages 2007

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RTL Group est actuellement le numéro 1 en matière audiovisuelle en Europe avec
36 chaînes de télévision dans 11 pays différents, à savoir la France, l’Allemagne, la
Belgique, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Luxembourg, l’Espagne, le Portugal, la
Russie, la Hongrie et la Croatie, touchant ainsi près de 200 millions de téléspectateurs.
S’y ajoutent 34 stations de radio européennes. RTL Group est également un des
principaux producteurs de programmes télévisés en dehors des États-Unis avec
FremantleMedia qui produit plus de 260 programmes dans une quarantaine de pays. Il
s’agit de la première entreprise européenne de radio et de télévision avec ses 5,1
milliards d'euros de chiffres d'affaires en 2005 et ses 8000 salariés.
Né en avril 2000 de la fusion de la CLT-UFA (créée en 1995) et de Pearson TV
(Grande-Bretagne), RTL Group voit son actionnariat remanié l’année d’après. En 2001
l'allemand Bertelsmann prend le contrôle du numéro un de la radio et de la télévision en
Europe en ajoutant aux 37% de sa participation au capital déjà détenus, les 30% du
Groupe Bruxelles-Lambert, face au 22% de Pearson. En décembre 2001 Bertelsmann
augmente encore sa part du lion en trouvant un accord avec Pearson pour l’acquisition
de ses 22%. Les Allemands détiennent désormais 89,8% du capital d’RTL Group, le
reste étant partagé par plusieurs actionnaires institutionnels et privés.
En France cette « germanisation » est selon la Tribune du 6 février 2001
« d'autant plus difficile à accepter que Radio Luxembourg a été créée en 1929 au
Luxembourg avec des capitaux français », la France ayant d’ailleurs toujours été
associée à son développement.
Ainsi on se voit renvoyé aux origines de cette entreprise privée, ce qui nous amène
à nous intéresser à son histoire, histoire marquée par des velléités de contrôle
économique et politique et ce dès avant sa création. En effet, les milieux économiques et
politiques, français surtout, s’intéressent de près au lancement d’un poste de radio au
Grand-Duché. Le contexte de l’époque laisse présager un succès commercial auquel
divers groupes industriels et financiers entendent participer. Ces derniers sont
encouragés par les autorités politiques qui voient dans le poste luxembourgeois un outil
de propagande qu’elles veulent contrôler par le biais des principaux actionnaires. La
France veillera toujours à mettre tout son poids politique dans la balance pour garantir
aux investisseurs français de pouvoir défendre leur majorité contre d’éventuels
investisseurs étrangers, notamment lors des périodes économiquement délicates pour la
station. Radio-Luxembourg se trouve donc confrontée, non seulement à des soucis
commerciaux qui auraient dû être sa principale, sinon unique préoccupation, mais
également à des stratégies politiques et des manoeuvres diplomatiques qui lui seront
parfois favorables, parfois néfastes.
Le but de ce travail n'était pas de faire un récit hagiographique ou anecdotique du
poste à succès, à l’image des nombreux témoignages d'ex-collaborateurs au sein de
Radio-Luxembourg. Il ne s'agit pas non plus de faire une radioscopie des émissions et
programmes, auxquels les travaux de Pascale Mirtil1, ainsi que le livre de Nichols2, et
dans une moindre mesure l'ouvrage de Denis Maréchal3 qui a été le premier travail
universitaire en la matière, consacrent déjà une large part. Il s'agit avant tout d'essayer de
comprendre le développement d'une grande entreprise privée de communication tournée
vers l'Europe et où l'influence française a longtemps été prédominante.
En s'appuyant sur diverses sources d’archives, entre autres diplomatiques et
administratives, consultées à Luxembourg (Archives Nationales du Luxembourg) et à
Paris (Quai d'Orsay, BNP-Paribas, Havas, C.A.R.A.N., bibliothèque centrale de Radio-
France et Fondation Nationale des Sciences Politiques), on a essayé de cerner le rôle
qu'était censé jouer cet organisme lors de sa création, les enjeux politiques, reflétant
particulièrement les relations franco-luxembourgeoises, ainsi que les enjeux
économiques et financiers auxquels a été confrontée l'entreprise luxembourgeoise, les
réactions qu’a suscité l'envergure et le succès commercial de Radio-Luxembourg, ainsi
que les défis auxquels la compagnie a dû faire face à partir du milieu des années '50.
Ces différentes questions étant souvent liées et indissociables du contexte
historique tout au long de la période étudiée, il s'est avéré préférable de faire un plan
respectant les grandes lignes chronologiques permettant de mieux comprendre l'histoire
de la station luxembourgeoise. Le terme « Radio-Luxembourg » utilisé dans le titre a été
choisi, dans un souci de simplification, pour désigner l’ensemble des activités de la
CLR/CLT et dont le poste de radio a longtemps été le fer de lance.
La période étudiée englobe la fin des années ’70, époque où l’on assiste aux
derniers soubresauts de l’ingérence politique, les années ’80 marquant quant à elles le
début d’une certaine dépolitisation dans ce domaine et où la globalisation du paysage
audiovisuel amorcée par l’émergence des satellites devient une des principales
préoccupations des médias.
Sur certains points des éclaircissements sont donnés par Pascal Lefèbvre4,
Laurence Badel5, Christian Brochand6 et René Duval7 entre autres, en plus de Denis
Maréchal déjà cité.
Dans un premier temps l'intérêt se portera sur la naissance de ce poste privé
d’exception dans le monde complexe de la radiodiffusion européenne, en se concentrant
d'abord sur la course à l'obtention de la concession remportée par la future CLR. On
analysera ensuite la structure de cette dernière pour conclure avec les réactions suscitées
par le plus puissant émetteur d'Europe.
Dans une deuxième partie, qui regroupe la période des années '30 jusqu'aux années
'50, on verra comment la station privée devient victime de son succès commercial et on
s’intéressera aux contestations qu’elle suscite. Cette montée en puissance est stoppée net
par le début de la deuxième guerre mondiale. On analysera ensuite la bataille pour le
contrôle de Radio-Luxembourg au lendemain de la Libération ainsi que les difficultés
d'un nouveau départ.
Dans la troisième et dernière partie nous verrons comment la compagnie doit faire
face aux nouveaux défis du monde de l'audiovisuel qui se manifestent par l'émergence
de la télévision et la concurrence entre plusieurs postes périphériques, et ce dans un
contexte marqué par des relations tendues entre la France et le Luxembourg.
Au moment de mes recherches, il y a cinq ans, il n'a malheureusement pas été
possible d'avoir accès aux archives de la CLT en vue de traiter ces différents aspects de
l'histoire de Radio-Luxembourg. Le groupe luxembourgeois, résolument tourné vers
l'avenir, semblait avoir quelque peu délaissé son passé, attitude qui est actuellement, et
on s’en réjouit, en train de changer. Cette difficulté nous a amené à procéder au
dépouillement de sources diverses dont la confrontation a finalement permis une mise en
perspective bien plus intéressante que ne l'aurait fait une simple analyse unilatérale.
Conclusion
Enjeux économiques et enjeux politiques constituent les nerfs moteurs de l'histoire
de Radio-Luxembourg. Souvent liés, tantôt unis, tantôt opposés, ces deux éléments
majeurs ont en effet influencé le développement de la compagnie luxembourgeoise et ce
dès avant sa création. Si, à la fin des années ‘20, du fait du contexte français, des
considérations économiques ont dicté la volonté de créer un poste commercial au Grand-
Duché, des facteurs politiques n'ont pas tardé à s’y greffer.
Ainsi la naissance de Radio-Luxembourg est due à la convergence d'intérêts
économiques et politiques français. Des groupes industriels et financiers français (CSF,
Compagnie des Compteurs, BPPB ...) y ont vu l'occasion de poursuivre au Luxembourg
une exploitation commerciale privée de grande envergure, suite à l'interdiction des postes
privés en France à partir de 1933. Les autorités françaises considèrent quant à elles
l'existence d'un poste « français » à l'étranger comme un outil de propagande politique
majeur. La France tente alors par tous les moyens d’étendre son influence sur la station
qui devient avant tout une affaire commerciale.
Alors que la position de la Grande-Bretagne est on ne peut plus claire, n'hésitant
pas à faire maintes démarches diplomatiques pour voir disparaître ce redoutable
concurrent de la BBC, l'attitude de la France est beaucoup plus complexe. Doit-elle,
faute de pouvoir contrôler la station au rayonnement européen, essayer d'éliminer un
concurrent de la Radiodiffusion nationale détenant le monopole en France, ou la tolérer
en espérant pouvoir y augmenter son influence politique ? Ce dilemme est illustré par les
tergiversations françaises au lendemain de l'utilisation du poste comme arme
psychologique par les Américains après la Libération. Alors qu'elle a l’opportunité d'une
utilisation directe du poste en commun avec la Grande-Bretagne, la France se résout
finalement à un retour au régime antérieur, c'est-à-dire une exploitation privée par des
actionnaires à majorité française qu'on espère pouvoir influencer politiquement, d’autant
plus qu’à travers Havas l’État français fait partie de l’actionnariat.
De graves problèmes financiers risquent cependant de mettre un terme aux
activités du poste Radio-Luxembourg et ce à cause d'intérêts divergents du point de vue
économique et politique. En effet, l'attitude de l'Office des Changes français, ne prenant
en considération que des aspects économiques, ignore la politique des autorités
françaises visant à maintenir ce que l'on considère toujours comme un outil de
propagande. Au nom des intérêts politiques tout est alors mis en oeuvre pour rétablir une
situation compromise en plaçant la question économique au second plan.
La CLR, devenue la CLT, ayant réussi à s'adapter au paysage audiovisuel en
évolution, reste dans une position forte et Radio-Luxembourg conserve aux yeux de la
France un intérêt majeur. Or, au grand dam des autorités françaises, le poste
luxembourgeois non seulement ne joue pas le rôle d’outil de propagande au service de la
France, mais au contraire est considéré par le gouvernement français comme un élément
de plus en plus hostile à son égard. Il s'en suit des relations tendues entre la station
périphérique et l’État français qui doit avoir regretté d'avoir favorisé son développement.
Une prise de contrôle plus appuyée s'impose alors aux Français qui, après maintes
protestations à l'encontre de la rédaction de Radio-Luxembourg, essaient d’y renforcer
leur présence par l’intermédiaire de la Sofirad. Ce qui a l'apparence d'une simple
opération financière est en fait un acte politique. Le gouvernement luxembourgeois, pour
qui la CLT devient également un enjeu important, tente à son tour d'y accroître son
influence. Par la suite gouvernements français et luxembourgeois semblent avoir trouvé
un modus vivendi acceptable pour tous du point de vue politique et la CLT peut se
consacrer à un travail d'adaptation et de diversification.
Malgré les efforts du gouvernement luxembourgeois de garantir la neutralité de la
CLT, les intrigues politiques reprennent de plus belle. L'opération d'association
Havas/Audiofina est en effet dirigée par le gouvernement français toujours dans le but
d'y étendre son influence. Cette opération politique a pu se faire grâce à l'accord du
gouvernement luxembourgeois soucieux de ses intérêts économiques. Enjeux
économiques et politiques ont donc de nouveau pesé sur l'histoire de la compagnie
luxembourgeoise.
Bien que ces enjeux aient fortement influencé le développement de la CLT, il ne
faudrait cependant pas croire qu'elle en a été le jouet. Elle a bien sûr bénéficié d'une
liberté d'action et bon nombre de décisions ont été prises de façon indépendante. Sans
doute les hommes de Radio-Luxembourg ont-ils pu à plusieurs reprises même profiter de
l’affrontement d'intérêts divers pour imposer leurs vues. Dans ce contexte il aurait été
intéressant d'analyser comment les dirigeants, tout au long de ces années, ont perçu
l'influence des ces facteurs économiques et politiques. Pour cela il aurait fallu une
analyse systématique des archives de la compagnie qui n'ont malheureusement pas pu
être consultées.
À noter que dans le contexte de globalisation des médias, la dimension
économique prend finalement le dessus. Alors qu'au cours des années ’80, les enjeux
politiques se manifestent encore, notamment au sujet du satellite, les années ‘90 se
caractérisent surtout par un développement économique international dans le cadre de
l’émergence de multinationales de la communication.
L'organisation avec comme principaux actionnaires Audiofina-Fratel (groupe
Bruxelles-Lambert, groupe Havas, groupe Bertelsmann), Paribas, Audiolux et le groupe
français UAP (depuis 1987) est chamboulée par la fusion CLT-UFA en 1996, suivie par
le retrait d'Havas qui vend I&P à la CLT en 1997. Le premier groupe audiovisuel
européen, devenu RTL Group lors du mariage avec l'anglais Pearson TV en juillet 2000,
devient un organisme germano-britannique par l'opération de février 2001, pour
finalement être détenu à près de 90% par l’allemand Bertelsmann.
Alors que depuis le début et pendant de longues années la France a été associée au
développement de la compagnie luxembourgeoise, elle s’y trouve maintenant écartée.
RTL Group, leader dans le paysage audiovisuel européen avec ses 36 chaînes de
télévision et ses 34 chaînes de radio dans pas moins de 11 pays différents, peut
s’appuyer sur une évolution favorable de ses activités. Ainsi l’année 2005 affichait une
augmentation de 4,8% des revenus de la société par rapport à ceux de 2004. L’EBITA
(« Earning before interest tax and depreciation »), le résultat opérationnel, a atteint 756
millions d’euros en 2005. RTL Group poursuit son développement vers des marchés en
expansion (participation dans une chaîne de télévision russe) et entend se diversifier par
acquisitions et lancements de nouveaux programmes ciblés pour atteindre une audience
de plus en plus fragmentée.
L’activité radio, activité originelle du groupe luxembourgeois et sur laquelle RTL
a bâti sa réputation, y occupe toujours une place de choix. RTL, à la pointe du progrès,
était la première radio française à lancer la « baladodiffusion » (ou « podcasting ») en
juin 2005. Près de 75 ans après la première émission de Radio-Luxembourg, la radio est
confrontée à un nouveau défi : la radio numérique. Destinée à remplacer la bande FM
arrivée à saturation, la diffusion numérique permettra une extension de la couverture
territoriale, une meilleure qualité d’écoute, ainsi qu’un enrichissement de l’offre en
termes de programmes. Pour les responsables de RTL le lancement de la radio numérique
revêt une certaine urgence et le pôle radio de RTL Group travaille activement afin de
relever ce nouveau défi. Le groupe a ainsi déjà investi 5 millions d’euros dans la
numérisation et la modernisation des anciens émetteurs de Junglinster. Le but est
d’insuffler une nouvelle dynamique aux stations radio du groupe avec l’espoir de
fidéliser ses auditeurs et d’en conquérir de nouveaux grâce à une qualité d’écoute haut de
gamme. La radio numérique permet en outre une couverture européenne, voire mondiale.
Le rayonnement de RTL Group, amorcé dans les années ’30 du siècle dernier avec
l’émergence de Radio-Luxembourg, semble donc ne point s’affaiblir, bien au contraire.
Table des matières :
Introduction 9
Notes du chapitre 13
I. Émergence d’un poste privé exceptionnel 15
A. Course pour une concession au coeur de l’Europe 17
Notes du chapitre 38
B. La Compagnie Luxembourgeoise de
Radiodiffusion 43
Notes du chapitre 62
C. Réactions face au plus puissant émetteur
d’Europe 67
Notes du chapitre 80
Conclusion partielle 83
II. Un poste commercial convoité 87
A. L’essor et ses répercussions 89
Notes du chapitre 107
B. Bataille d’après-guerre 113
Notes du chapitre 132
C. Un nouveau départ laborieux 137
Notes du chapitre 155
Conclusion partielle 161
III. Défis d’un paysage audiovisuel en évolution 163
A. Repositionnement face à l’émergence de la
concurrence
165
Notes du chapitre 184
B. Relations tendues avec la France 189
Notes du chapitre 206
C. Face aux nouveaux défis 211
Notes du chapitre 228
Conclusion partielle 233
Conclusion 235
Annexes 241
Bibliographie 259
Les médias audiovisuels sont aujourd’hui omniprésents, certains les qualifient même
d’omnipotents. Tous sont résolument tournés vers l’avenir et on connaît relativement peu de
leur passé. RTL Group est actuellement le numéro 1 de l’audiovisuel en Europe. Cette
entreprise dont les origines remontent à la fin des années ’20 du siècle dernier trouve ses
racines au Grand-Duché de Luxembourg. En 1933 Radio-Luxembourg prend son envol et
cette station « périphérique » au centre de l’Europe, tout en devant continuellement s’adapter
aux nouveaux défis, connaîtra un rayonnement graduel.
Quelles sont les raisons qui ont poussé des industriels français à créer une station
radiophonique au Luxembourg ? Qu’est-ce qui explique le succès de celle-ci ? Comment la
radio au puissant émetteur a-t-elle été accueillie par le monde politique européen ? Comment
ce média a-t-il réagi face à l’émergence de la concurrence et de la télévision ?
En s’appuyant sur nombre d’archives, notamment diplomatiques et administratives,
cet ouvrage retrace le développement, avec une attention particulière sur les aspects politiques
et économiques, de la compagnie audiovisuelle luxembourgeoise des débuts jusqu’à la fin des
années ’70 marquées par un estompage des velléités d’ingérence politique.
David DOMINGUEZ MULLER, de nationalité luxembourgeoise, a fait ses études en
Histoire à l’Université Paris Sorbonne-Paris IV.

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